Idées et Opinions

  • « Pourquoi Haïti Peut Réussir » « Pourquoi Haïti Peut Réussir »

    Une analyse  du livre de l’économiste Enomy Germain « Pourquoi Haïti Peut Réussir » par le Dr. Claude Joseph.

    « Pourquoi Haïti Peut Réussir » est un acte audacieux. C’est l’œuvre d’un économiste entêté refusant de prendre des raccourcis et de s’adonner aux clichés qui ont longtemps caractérisé pas mal de réflexions à prétention scientifique sur Haïti. Ici, Haïti n’est présentée ni comme une énigme, ni comme une équation destinée à rester sans solution. Sans être complaisant envers les hommes et les femmes qui ont dirigé le pays depuis plus de deux siècles, l’auteur se démarque expressément de la version historique sensationnaliste, à couleur ethnocentrique, faisant croire qu’Haïti a choisi la voie de la misère et de la pauvreté. Loin s’en faut. Enomy Germain reconnait, à juste titre, qu’en tant que formation sociale dépendante, la nation haïtienne ne saurait être responsable de tous ses malheurs. Les racines du sous-développement d’Haïti sont plus profondes. Le spectre affreux et sanglant du colonialisme hante encore tout effort de développement. Ainsi, en esquivant certains chantiers battus et d’autres explications faciles souvent utilisées pour appréhender un phénomène social non moins complexe, l’auteur nous offre une œuvre d’économie politique de profondeur. Et pour avoir pris son temps à aiguiser des outils méthodologiques pour étudier le « défi haïtien », Enomy Germain a produit un travail qui n’aura pas démérité la postérité.

    « Peuple », pour utiliser les mots d’Edmond Paul, « ce livre en appelle à votre cœur – comme au dernier refuge du patriotisme [1]  ». À un moment où l’idée d’« une autre Haïti est possible » ne résonne que comme un vœu pieux, même pour la majorité de nos biens pensants ne cessant d’ailleurs d’inviter la jeunesse Haïtienne à laisser le pays en masse pour des cieux plus cléments, le livre que vous aurez en main porte un message rassurant : « Haïti peut emprunter la voie vertueuse du progrès et de la réussite socioéconomique ». Mais plus qu’un message d’espoir et une œuvre citoyenne responsable invitant nos jeunes à résister au défaitisme, c’est d’abord et avant tout un pari sur la science. C’est le résultat d’un « ensemble d’examens se portant sur les obstacles au progrès en Haïti, et sur les moyens humains et potentialités économiques dont dispose ce pays, sous une forme ou une autre, qui peuvent bien l’aider à enclencher sa marche vers la réussite socioéconomique ».

    Quoi qu’il en soit, c’est un pari osé. Ceux qui éprouvent de l’aversion au risque n’accepteraient jamais de miser leurs argents sur une pièce de monnaie qui tombe pile neuf fois sur dix. Haïti illustre le cas d’un jeu truqué. On dirait, de préférence, qu’une cruelle fatalité s’acharne contre la république et qu’il n’y a rien à tenter contre. En 1884, Spencer St-John, dans son livre « Haïti : Or, the Black Republic », a fait un lugubre constat qui semble corroborer cette conjecture. « Je connais Haïti depuis plus de vingt ans, et je dois avouer que l’une après l’autre, j’ai perdu toutes mes illusions », écrivait-il…  « Je connaissais alors nombre de jeunes légistes, députés et employés du gouvernement, pleins d’enthousiasme, qui parlaient merveilleusement de projets de réforme et du désir de voir leur pays progresser dans la civilisation. Ils m’inspiraient confiance et j’avais hâte de les voir arriver au pouvoir ». Cependant, ajoute-t-il, « quand ils y furent parvenus et qu’ils eurent la possibilité de mettre le gouvernement d’accord avec la législation, pour édicter des reformes judicieuses, ils eurent une lamentable défaillance[2] ».

    Plus d’un siècle après, au lieu de s’améliorer, les choses s’empirent. L’espoir d’une Haïti meilleure se fane. À preuve, plus de 85% des haïtiens ayant un diplôme universitaire (licence, maitrise et doctorat) vivent en dehors du pays, particulièrement aux Etats-Unis et au Canada. Et comme si cette fuite de cerveaux n’est pas assez dommageable, Fritz Dorvilier conseille aux dirigeants Haïtiens de « favoriser le départ vers des pays étrangers développés d’une importante quantité de la population haïtienne », une politique publique qui, dit-il, « permettra de désamorcer la bombe démographique qui menace les montagnes déboisées et les petites plaines arables en voie d’urbanisation accélérée[3] ». Cette solution malthusienne inappropriée, peu réfléchie, est une carte blanche à l’irresponsabilité. Elle fait partie de ces réflexions qui renforcent la perception qu’Haïti restera toujours pauvre si l’occident ne la tend pas sa main bienveillante. Enomy Germain n’y croit pas et s’est, par conséquent, donné la noble, mais non moins difficile, mission de montrer pourquoi Haïti peut réussir sans pour autant obéir aveuglément aux principes du capitalisme de l’économie monde.

    En effet, ce que cette œuvre comporte de plus fascinant c’est sa rigueur méthodologique. L’auteur a su bien jouer sur les cordes épistémologiques pour ne pas interpréter les effets pour des causes. Erreur grossière, mais commune dans les sciences sociales. Nos « chercheurs » haïtiens n’ont-ils pas beau confondu les comportements dérivés du sous-développement pour les causes du sous-développement ? Sachant pour qu’il y ait relation causale, il faut, entre autres, que la cause précède l’effet, l’auteur croit qu’il est important de remonter dans l’histoire, étudier le schéma institutionnel colonial pour une meilleure compréhension de l’échec de la nation haïtienne ainsi que sa possibilité de réussir. En ce sens, la synthèse historique que nous présente Enomy Germain à travers son ouvrage est importante à plus d’un titre. L’histoire est devenue un outil indispensable dans les travaux d’économie politique traitant les origines de la puissance, de la prospérité et de la pauvreté des nations.  Et dans notre cas, comme nous dit Benoît Joachim, « pour comprendre le présent et construire un avenir meilleur, il importe de connaitre et d’expliquer les structures mises en place au cours de l’histoire haïtienne[4] ».

    On ne comprendra pas ce que Joachim appelle le retournement haïtien, « ce passage d’une révolution sans précédent ayant débouché sur une indépendance radicale, à la dépendance », ou ce que Enomy Germain appelle « la marche vers l’échec », sans étudier les institutions formelles et informelles mises en place au cours de l’histoire haïtienne.  On ne comprendra jamais pourquoi les haïtiens sont si méfiants les uns envers les autres et pourquoi leurs relations sont teintées d’autant d’incivilités et caractérisées par la « passion excessive égalitaire[5] » sans remonter aux pratiques coloniales perverties qui prévalaient à Saint-Domingue. L’inclinaison de nos dirigeants à la corruption et la cupidité de la bourgeoisie haïtienne ne peuvent pas être expliquées sans comprendre la mise en place de ce que Daron Acemoglu et James A. Robinson appellent des institutions économiques et politiques extractives. Comme tant d’autres sociétés, écrit Edmond Paul, « la société haïtienne, et plus particulièrement elle, à cause de ses origines exceptionnelles, comporta à sa fondation bien des vices, bien de semences qui devaient dans le cours de son existence l’ébranler profondément[6] ». Ainsi, « quel que soit le découpage historique fait ou la cause identifiée pour expliquer l’échec, nous dit Enomy Germain, « il reste immuable que l’héritage est lourd ».  

    Et c’est exactement de cela que nous parle David Placide dans son « L’Héritage Colonial en Haïti » dont la première édition remonte à plus d’un demi-siècle. D’après cet auteur, « plus on étudie la Nation Haïtienne dans ses lointaines origines, plus on demeure convaincu que, soumise, durant près de trois siècles, au dégradant régime colonial, elle ne pouvait être dans les premiers temps de sa vie indépendante que ce qu’elle a été : désorientée et trébuchante dans la recherche de son équilibre social et politique ». «Et, conséquemment », ajoute Placide, « mieux on comprend certaines singularités de son état présent[7] ».

     Haïti, ancienne colonie d’exploitation, a hérité d’un système d’institutions permettant à une toute petite minorité de s’enrichir au dépens de la grande majorité. Ce sont des institutions de types mitaencomienda et repartimientos dont toute la gamme est conçue pour réduire le niveau de vie des populations indigènes à un degré de subsistance minimum, afin que le moindre excédent profite aux Espagnols.  Acemoglu et Robinson notent que si ces institutions ont rapporté des richesses incommensurables à la couronne d’Espagne et fait la fortune des conquistadors et de leurs descendants, « elles ont également fait de l’Amérique latine le continent le plus égalitaire du monde et sapé une bonne part de son potentiel économique[8] ».

    En Haïti, cette politique des institutions se manifeste par la concentration des richesses et centralisation des fenêtres d’opportunités autour des « réseaux de familles ou d’autres liens sociaux, limitant de ce fait l’explosion des forces créatrices ainsi que l’exploitation des potentielles naturelles[9] ». Ces réseaux sociaux d’accumulation (RSA), nous dit Fritz Jean, ont à leur service un État leur permettant de maitriser les différents circuits de la chaine de production allant des circuits de financement aux circuits de commercialisation. C’est pourquoi Michel Soukar ne cesse de dénoncer le mensonge de la bourgeoisie haïtienne qui se plaint de l’absence de financement public de leurs divers projets. Du gouvernement de Paul Magloire à celui de Jean-Claude Duvalier, selon Soukar, « l’État haïtien a financé, souvent à des fonds perdus, les hôtels luxueux de Pétion-Ville, les industries de formation du sisal, de fabrication des carreaux de céramiques, de pâte de tomate, de bonneterie, d’extraction du marbre, de protection du rhum, d’ustensiles de cuisine, d’imprimerie, sans oublier de nombreuses industries d’assemblage travaillant pour le marché américain ». Pendant plus de quarante ans, renchérit Soukar, « l’État haïtien a financé la bourgeoisie à travers la Banque Nationale de la République d’Haïti, qui travaillait surtout avec les exportateurs de café et les importateurs, et par une financière spécialisée qui prit les appellations successives d’Institut Haïtien de Crédit Agricole et Industriel (BNDAI)[10]».

    Haïti, dis-je, est un cas non moins complexe. Donc, conclure à partir d’une lecture historique post-Duvalier qu’elle a choisi la voie de la pauvreté et de la misère n’est pas seulement réductionniste, mais cela également participe du projet visant à faire taire le passé – « Silencing the past », pour répéter Michel Rolph Trouillot dans son livre “Silencing the past : Power and the production of history”. Si Enomy Germain, de son coté, a choisi d’étudier Haïti à la lumière des théories institutionnelles, c’est surtout pour pouvoir appréhender la dimension de cette complexité. Haïti n’est pas une composition physique qui peut être analysée à partir de ses particules prises isolément. Haïti est une totalité qui est plus que la somme de ses parties.

    Pour Robert Fatton, Haïti, comme la Sierra Leone, la Somalie et la République Démocratique du Congo, est un pays situé à l’extrême périphérique. Cette zone, produite du néolibéralisme dans un système-monde, caractérisée, entre autres, par l’extrême pauvreté, désastres naturels, occupation étrangère et une dynamique politique à somme nulle, est privée de toute sa souveraineté[11]. La gestion de l’aide post-seime montre qu’Haïti n’est qu’un espace géographique désormais occupé et gouverné par des organisations internationales, d’où le terme à la mode : la république des ONG.  Ces dernières ont un impact majeur sur la politique intérieure haïtienne dans la mesure où elles supplantent l’Etat dans la plupart de ses missions traditionnelles, telles santé, emploi, et sécurité. Par exemple, sur les 2,4 milliards de dollars récoltés pour la reconstruction du pays après le séisme de 2010, moins de 10 pourcent ont été directement gérés par l’Etat. Donc, Haïti n’a pas choisi la voie de la pauvreté et de la misère parce qu’elle a cautionné « l’ONG-isation comme modèle de développement[12] ». L’ONG-isation d’Haïti résulte, de préférence, de ce que Alasdair Robert appelle la « logique de discipline[13] », une philosophie selon laquelle l’État doit être restructuré, ses principales fonctions déléguées aux acteurs non-étatiques, pour pouvoir répondre aux exigences de l’économie-monde. 

    Enomy Germain a bien compris cette problématique, c’est pourquoi les institutions, définies comme les règles du jeu dans une société, constituent le point d’attaque de son livre.   Les institutions extractives héritées de la colonisation, alimentées par le néo-colonialisme, ont la vie dure, mais elles ne sont pas immuables. Enomy Germain croit qu’elles peuvent être transformées en des institutions inclusives, capables d’encourager l’activité économique, la prospérité et une productivité accrue.

    Haïti est pauvre, mais elle n’est pas condamnée à le rester. Le pays a tout ce qu’il faut pour réussir. C’est le message du livre qui certainement, comme toute œuvre humaine, comporte des limites. Ce qui est sûr, c’est que l’ouvrage d’Enomy Germain ne vous laissera pas indifférent.   

    Claude Joseph, Ph.D.

     

    [1] Edmond Paul, Les Causes de Nos Malheurs, Éditions Fardin, 2015, p. 11.

    [2] Cette traduction française est de David Placide, in l’Héritage Colonial en Haïti, Éditions Fardin, 2014, p. 10.

    [3] Fritz Dorvilier, Vámonos : Pour une émigration choisie. https://lenouvelliste.com/article/173939/vamonos-pour-une-emigration-choisie

    [4] Benoît Joachim, Les Racines du Sous-Développement en Haïti, Éditions de l’Université d’État d’Haïti, 2014, p. 27.

    [5] Fritz Dorvilier, La Crise haïtienne du développement :Essai d’anthropologie dynamique, Presse de l’Université Laval, 2012. 

    [6] Edmond Paul, op. cit., p. 19.

    [7] David Placide, l’Héritage Colonial en Haïti, Éditions Fardin, 2014, p. 7.

    [8]Acemoglu et Robinson, La Faillite des Nations, Nouveaux Horizons, 2015, p. 37.

    [9] Fritz Jean, Haïti, la fin d’une histoire économique, p. 28.

    [10] Michel Soukar, Radiographie de la « bourgeoisie haïtienne » suivie de : un nouveau rôle pour les élites haïtiennes au 21e siècle, C3 Éditions, pp. 32-34.

    [11] Robert Fatton Jr., Haiti: Trapped in the outer periphery, Lyne Rienner Publisher, 2014.

    [12] Etzer Emile, Haiti a choisi de devenir un pays pauvre: les vingt raisons qui le prouvent, Les Presses de l’Université Quisqueya, 2017.

    [13] Alasdair Robert, The logic of discipline : Gloabal capitalism and the architecture of government, Oxford University Press, 2011.

    Continue reading → Une analyse  du livre de l’économiste Enomy Germain « Pourquoi Haïti Peut Réussir » par le Dr. Claude Joseph. « Pourquoi Haïti Peut Réussir » est un acte audacieux. C’est l’œuvre d’un économiste entêté refusant de prendre des raccourcis et de s’adonner aux clichés qui ont longtemps caractérisé pas mal de réflexions à prétention scientifique sur Haïti. Ici, ...
  • Des écrivains haïtiens demandent la démission de Jovenel Moïse Des écrivains haïtiens demandent la démission de Jovenel Moïse

    Plus d’une vingtaine d’écrivains et d’écrivaines plaident pour la réalisation du procès PetroCaribe. Ils font le constat des maux et des manquements qui rongent notre pays. Le tableau de nos malheurs qu’ils brossent est des plus sombres. Ils se disent favorables à la démission de Jovenel Moïse, déjà lâché par des secteurs vitaux de la société et dont la rue exige sans cesse le départ depuis dimanche. Port-au-Prince Post publie, ci-après, in extenso, leur lettre ouverte.

    LETTRE OUVERTE DES ECRIVAINES ET ECRIVAINS HAÏTIENS A LA NATION

    Citoyennes, Citoyens, 

    Nous ne sommes pas d’accord avec la façon dont nous sommes gouvernés. De cela nous sommes tous convaincus aujourd’hui. Ce consensus puissant est porteur d’une vague qui s’est amorcée il y a quelques mois et qui ne s’arrêtera pas. Le spectacle dégradant que le Président de la République, le gouvernement et la majorité parlementaire donnent à la Nation et au monde est honteux. Nous vivons en direct la déroute d’un gouvernement dépassé, juste préoccupé à sauver ses privilèges et son butin mal acquis sur le dos de la Nation. 

    Nous sommes indignés. Mais c’est signe que nous sommes vivants et pugnaces. Cette descente aux enfers de la nation est la conséquence d’un système social basé sur l’exclusion et un trop-plein d’inégalités se traduisant en politique par une succession de régimes ou de tentatives autoritaires, loin de tous principes d’équité et de justice sociale. Nous n’en voulons plus.

    Nous saluons le courage des hommes et des femmes de ce pays, des jeunes en particulier qui refusant par milliers de baisser les bras, se battent contre l’obscurité qui veut nous recouvrir. Et la rue rebelle, incandescente, imprévisible, déverse sporadiquement ses coulées de rage et de frustration légitime à travers les villes. Criant : Nous n’en pouvons plus d’avoir faim. Nous n’en pouvons plus de souffrir de la négation de nos besoins élémentaires pendant qu’on nous dépouille. 

    Dans la vie de chaque peuple viennent ces moments où il doit engager son histoire et son destin. Il est venu le temps du changement. Nous unissons nos voix à celles qui demandent la démission du président de la République. Mais disons-le d’emblée, haut et clair, aucune transformation durable de notre société ne se fera sans que soient pris en compte les valeurs et les principes qui seuls peuvent assurer l’avènement d’une société plus juste, solidaire et fraternelle. 
    Aucune construction démocratique n’est possible en Haïti sans la réduction des inégalités, sans une nouvelle éthique et des moyens pour soutenir le service public dans la valorisation du bien commun. Aider à construire cette démocratie mais surtout croire que c’est une construction possible, tel est notre combat. Pour l’heure, il nous incombe de prendre les décisions qui s’imposent sans perdre davantage de temps, et dans l’union.

    L’union fait la force. Construisons-là cette union. Prenons au mot les propositions de nos représentants économiques et sociaux, religieux, communautaires, associatifs. Construisons un gouvernement d’unité nationale. Construisons une stratégie prioritaire de redressement de l’État de droit. Cela fait des lustres que nous  parlons de conférence nationale, d’états généraux. Mais rien de cela ne sera possible s’il n’y a pas de confiance autour de la table. Ayons le courage de dire tout haut là où le bât blesse. La méfiance, les jalousies, les rivalités, le marronnage, les soifs matérielles nous divisent et nous paralysent surtout. Construisons la confiance et la tolérance pour avancer  vers des solutions qui nous ressemblent et nous rassemblent. 

    Le premier acte susceptible de restaurer la confiance est la tenue légitime du procès PetroCaribe. Une étape essentielle dans notre processus de transformation. Petrocaribe sera le procès de nos douleurs que nous n’avons pas pu évacuer ensemble après le 12 janvier 2010. Ce sera le procès de tous les génocides éparpillés dans notre histoire, ces morts qui attendent que nous les libérions de notre mémoire endormie. Le procès Petrocaribe sera surtout l’occasion pour chaque haïtienne et chaque haïtien de s’interroger sur le rapport que nous entretenons avec le bien public, ce qui appartient à tous et est bon pour tous.  
    Et puis, préparons-nous à voter quand le temps viendra. Préparons-nous à voter dès aujourd’hui mais sur la base de politiques, de stratégies et de programmes d’intérêt national et local à l’édification desquels nous aurons contribué individuellement et collectivement, en particulier dans le cadre de nos organisations institutionnelles, professionnelles et communautaires.

    Le mot qui sauve aujourd’hui est ensemble. Nos jeunes l’ont compris. Le mot de la survie est relation. Relation entre les générations. Relation entre les quartiers. Relation entre les groupes sectoriels, sociaux et professionnels. Que les filles et les femmes d’Haïti continuent leurs avancées vers les territoires sociaux et politiques comme ces femmes au Soudan au cœur de la révolte contre un régime décrié. Ensemble sans fausse pudeur. Dépouillés de nos egos trop lourds pour nos vies.  Relation avec nos sœurs et frères haïtiens de la diaspora qui souffrent avec nous, qui veulent participer avec nous au grand chantier de reconstruction de notre société. Nous n’avons plus beaucoup de temps. Il n’est plus question de s’adapter vaille que vaille à un système qui ne fonctionne plus. Plus question de se taire et de faire semblant que les choses vont changer comme si cela allait de soi.

    Citoyennes et citoyens, 

    Nous écrivaines et écrivains Haïtiens voulons continuer d’être utiles à la nation en  maintenant vive la parole qui  alerte, questionne, critique et suscite la conscience critique. Nous voulons d’un État de droit pouvant nous garantir un vrai procès Petrocaribe historique. Nous voulons de vrais projets sociaux en faveur des populations vulnérables. Nous voulons des politiques publiques cohérentes favorisant la production nationale, l’investissement, l’éducation pour tous, les libertés individuelles, la liberté d’expression, la culture… Nous invitons chacun à jouer son rôle citoyen et à travailler à l’avènement de l’Haïti que nous voulons. 

    Coutechève Lavoie Aupont
    Guy Régis Jr.
    James Noël
    Néhémy Pierre Dahomey
    Marie Andrée Etienne
    Frankétienne
    Evelyne Trouillot
    Jean D’Amérique
    Lyonel Trouillot
    Dieulermesson Petit-Frère
    Barbara Prezeau Stefenson
    Gary Klang
    Kettly Mars
    Jacques Adler Jean Pierre
    André Fouad
    Yanick Lahens
    Gary Victor
    Béo Monteau 
    Jean-Robert Léonidas
    Verly Dabel
    Mirline Pierre
    Elsie Suréna
    Anthony Phelps
    Mehdi Chalmers
    Guy Gérald Ménard
    Eddy Toussaint Tontongi
    Faubert Bolivar
    Makenzy Orcel
    Stephane Martelly

    Source Port-au-Prince Post 

    Continue reading → Plus d’une vingtaine d’écrivains et d’écrivaines plaident pour la réalisation du procès PetroCaribe. Ils font le constat des maux et des manquements qui rongent notre pays. Le tableau de nos malheurs qu’ils brossent est des plus sombres. Ils se disent favorables à la démission de Jovenel Moïse, déjà lâché par des secteurs vitaux de la ...
  • Jeunesse haïtienne: Quel espoir, quel avenir? Jeunesse haïtienne: Quel espoir, quel avenir?

    Haïti fait partie des pays dont le pourcentage de population de moins de 15 ans est moyen. De mon temps, on disait « Pitit se byen pòv malerèz ». Les parents très pauvres comptent sur leurs enfants, une fois devenus vieux, pour les soutenir. Cependant, cette mentalité a évolué. Désormais, certains parents comprennent qu’il faudrait mieux nourrir, soigner et éduquer leurs progénitures. De plus en plus de mères pratiquent le planning familial. Néanmoins, n’empêche que 30% de la population soit encore des ados. Dès lors, on se questionne sur cette génération qui, elle-même, se cherche.

    Je suis encore jeune, jeune adulte. Avant 2010, j’étais encore adolescent. je me rappelle d’une parole de chanson d’un des groupes hip-hop les plus adulés du pays. « Granmoun yo echwe ». (Les adultes ont échoué). Dire que ces messieurs approchent la quarantaine. Cette parole a déchaîné une telle polémique. Pourquoi ces mots?

    Pour mieux vous répondre, rendons-nous dans une frange récente de l’histoire d’Haïti. Ces messieurs étaient déjà nés le 7 Février 1986. Cette date marque la fin d’une ère : l’ère duvaliériste. Les Duvalier sont les pires dictateurs  qu’aient connu Haïti. Ben. Si vous voulez en savoir plus, lisez Bernard Diederich.

    La fin d’une ère devrait marquer la venue d’une nouvelle. Trente ans après la chute duvalérienne, la classe politique haïtienne a piteusement échoué. Ici, le nombre de jeunes à nourrir, éduquer et soigner est si élevé que l’État n’arrive pas à subvenir à leurs besoins. J’espère avoir éclairé vos lanternes et ceux de nos compatriotes feignent de ne pas savoir de quel échec il s’agit.

    Souvent, les « granmoun » (génération X) reprochent aux jeunes (Gen YZ) d’être des délinquants pour la plupart. Et pourquoi donc? Parce que notre génération connait le rap. Le hip-hop haïtien a pris dans les années 90. Comme si chaque génération n’a pas connu sa mouvance sociale. On dirait parfois qu’on nous considère comme une génération en déperdition.

    La jeunesse actuelle est plus que jamais connectée à ses idoles : potins, looks, slogans. On lui reproche de ne pas avoir de bons modèles. Récemment, le Ministère du Tourisme d’Haïti a impliqué quelques jeunes artistes haïtiens influents à la sensibilisation de la population à l’importance du tourisme. Voir leurs idoles impliqués dans une telle initiative pourrait aider la jeunesse du pays à briser les stéréotypes…

    Une jeunesse qui se cherche

    On a tous nos raisons. J’ai arrêté la fac parce que je n’avais pas le choix. Ce mois-ci, j’ai appris avec stupeur une nouvelle décevante. Le plus brillant étudiant de ma promotion de fac a stoppé ses études en linguistique. J’en crois pas à mes oreilles. Je le voyais obtenir son PhD. Pour reprendre ses mots que l’on dit trop souvent chez nous, peyi a pa ofri moun anyen. (Le pays n’offre aucun avantage social). Si partir loin du pays était une évidence, aujourd’hui ce périple devient une impérative. Le Chili, pays hôte, devient le nouvel eldorado des jeunes haïtiens.

    D’un autre côté, une partie de la jeunesse actuelle croit dans son dynamisme et sa qualification. Une jeunesse compétente qui se veut au cœur des décisions, au cœur de l’action. En ce qui me concerne, je pense qu’il serait probable de combler tout fossé générationnel. Comme dit, le vieil adage, « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait« . Tout ça pour dire quand on est jeune, on manque bien entendu d’expérience et de vécu; et dans nos vieux jours, on possède l’expérience mais plus la vigueur de sa jeunesse.

    Une autre Haïti est-elle possible avec sa jeunesse?

    Si de jeunes oisifs passent leurs journées à ne rien faire, à s’adonner à la bouteille, une autre partie pense autrement. Du coup, certains jeunes de la génération consciente se demandent combien d’entre eux croient qu’il est possible de remettre Haïti sur la voie du progrès socio-économique. Effectivement, si certains se plaignent du mal du pays, d’autres préfèrent prendre l’initiative. En fait, depuis quelques temps, on voit bourgeonner un esprit d’entrepreneuriat en Haïti.

    En 2014, de concert avec des institutions partenaires dont l’OIF et l’Université d’État d’Haïti, le comité organisateur du groupe Echo Haïti, a procédé au lancement de la première édition du premier forum international de jeunes entrepreneurs  en Haïti, baptisé « Elan Haïti 2014 ». Ce forum biennal international a connu une deuxième édition en 2016. De cette dernière édition est née un projet innovant axé sur l’emploi PUSH qui entend s’attaquer à la problématique d’insertion des jeunes diplômés sur le marché du travail. L’objectif, dans la durée, est d’aider des jeunes professionnels haïtiens à s’insérer sur le marché de l’emploi et agir ainsi contre le chômage des jeunes. Récemment, l’économiste Marc Alain Boucicault, fondateur de la société Banj, a annoncé que le lancement officiel de cette institution aurait lieu le mardi 1er août 2017 : un nouvel outil dans le monde entrepreneurial en Haïti.

    Haïti : Je m’engage

    C’est un peu triste à dire ! Mais, parfois on ne saurait empêcher un jeune de partir quand on ne peut l’offrir le meilleur. Le pire, c’est quand les jeunes jurent de ne plus revenir. Franchement, on les comprend. Souvent, de retour au pays, ils sont la cible potentielle de voleurs depuis l’aéroport. Cependant, on craint que la jeunesse qui constitue la couche arable de notre pays soit déversée vers l’extérieur. Si l’on ne peut encore guérir le mal, rien ne nous empêche de le prévenir. Nous sommes nombreux à nous engager à notre manière. Professeurs, artistes, jeunes leaders… sauf les politiques peut-être.

    Continue reading →Haïti fait partie des pays dont le pourcentage de population de moins de 15 ans est moyen. De mon temps, on disait « Pitit se byen pòv malerèz ». Les parents très pauvres comptent sur leurs enfants, une fois devenus vieux, pour les soutenir. Cependant, cette mentalité a évolué. Désormais, certains parents comprennent qu’il faudrait mieux ...