Jovenel Moïse allume des contre-feux après huit jours…

Jovenel Moïse allume des contre-feux après huit jours…

Jovenel Moïse allume des contre-feux après huit jours difficiles Le président Jovenel Moïse a parlé aux Haïtiens après 8 jours d’attente. 7 minutes d’une adresse à la nation qui risque de mettre de l’huile sur le feu si l’on se réfère aux premières réactions sur les réseaux sociaux et dans les émissions de fin de soirée sur les radios.

Entre-temps, une heure après l’intervention du président Jovenel Moïse, le département d’Etat des Etats-Unis d’Amérique a fait passer son niveau d’alerte aux voyageurs américains à 4. « Ne voyager pas en Haïti », averti la note du porte parole du Département d’Etat. La dernière recommandation datait du 12. Celle de ce 14 février 2019 est sans appel. Dans la journée de jeudi, les autorités américaines avaient déjà ordonné le rapatriement des diplomates non essentiel et de leur famille.

Le discours du président Moïse n’a visiblement pas rassuré notre plus grand voisin.

Ce 15 février, le chancelier Haïtien, Edmond Bocchit doit rencontrer John Bolton, le conseiller à la sécurité national du président Donald Trump. Le ministre avait confié cette information au Nouvelliste. Bocchit va-t-il essayer de savoir ce qui inquiète autant les Américains ? Pourra-t-il les rassurer ?

Ce ne sont pas seulement les Américains qui mettent Haïti en isolement. Le Canada aussi a rapatrié une partie de son personnel diplomatique et restreint l’ouverture de son ambassade et de ses services consulaires. D’autres missions diplomatiques déployées en Haïti recommandent la plus grande prudence à leurs ressortissants. N’ouvrent pas les portes de leurs bureaux.

Revenons au discours du président.

Le président Jovenel Moïse a finalement fait une adresse à la nation, jeudi 14 février 2019. Sur un ton appuyé, parfois agressif, Jovenel Moïse, en un peu plus de 7 minutes, s’est exprimé mais a raté l’opportunité d’apaiser les esprits. Il n’a pas non plus annoncé des mesures concrètes pour faire face à la cherté de la vie.

Cette tache, il dit l’avoir laissé au Premier ministre Jean-Henry Céant. Ce qu’il a précisé dans un post sur Twitter quelques temps après. Céant doit lui aussi prendre la parole, annonce le président.

Si l’homme de la banane s’est montré empathique face au drame d’Haïtiens qui périssent en mer en laissant le pays dans l’espoir d’un avenir meilleur ailleurs, il a cependant été capable de convoquer, dans le même souffle, la police nationale pour rétablir la paix. « J’ai entendu la voix du peuple. Je connais les problèmes qui le tourmentent. C’est pour cela que le gouvernement a pris beaucoup de mesures. Je demande au Premier ministre de venir les expliquer et de les appliquer au plus vite pour soulager votre misère. Je continue de demander au CSPN de prendre des dispositions pour accompagner la population pour que la sérénité, la paix, la quiétude d’esprit reviennent sur tout le territoire », a indiqué le président Jovenel Moïse.

Le chef de l’Etat, a aucun moment, n’a assumé une quelconque responsabilité dans la dégradation accélérée de la situation socioéconomique, résultante, entre-autres, du niveau de déficit budgétaire record de 34 milliards de gourdes sur les seize derniers mois.

En plus de jouer au Ponce Pilate, Jovenel Moïse, en son Premier ministre, Jean-Henry Céant, s’est trouvé le parfait bouc-émissaire. Le Premier ministre Céant, arrivé au pouvoir en septembre 2018, un mois avant la fin de l’exercice fiscal, deux mois après les émeutes des 6, 7 et 8 juillet ayant emporté le Premier ministre Jack Guy Lafontant, n’a pas empêcher l’aggravation de la situation, a lâché Jovenel Moïse.

« … La crise que traverse le pays est très grave. Au mois de juillet dernier, le peuple avait gagné les rues pour demander des changements dans ses conditions de vie. J’ai entendu sa voix. C’est pour cela que j’avais choisi un compétiteur à l’élection présidentielle, le notaire Jean Henry Céant, comme Premier ministre pour former un gouvernement. Cinq mois après, la crise s’est aggravée et menace la fondation du pays », a balancé le président Jovenel Moïse.

Le président Jovenel Moïse qui s’est adressé aux gens de même origine sociale que lui a évoqué le peuple, pas les manifestants ni les autres couches de la population.

Pour lui, le peuple, ce sont ceux qui subissent les conséquences des manifestations, des barricades, de l’arrêt des activités dans le pays. « J’envoi mes sympathies aux victimes des actes de vandalisme des derniers jours. Je pense aux familles de ceux qui sont morts, ceux qui ont perdu leurs entreprises, leurs véhicules, leurs commerces, les détaillants ayant perdus leurs étals. Au nom de la nation, je leur exprime toute ma solidarité. J’envoi mes sympathies au peuple qui vit une situation humanitaire grave, qui ne trouve pas à manger, qui ne peut pas aller à l’hôpital, qui ne peut pas trouver de médicaments, qui ne peut pas aller à l’école », a détaillé Jovenel Moïse.

Aux manifestants, le président Moïse rappelle que le droit de manifester est lié à l’obligation faite à de chacun de respecter la loi. « Je salue la police, chaque policier qui fait de son mieux pour protéger la vie et les biens. Votre président est fier de vous. Le pays est fier de vous », a indiqué le président Jovenel Moïse, accroché au pouvoir et résolument décidé à mettre l’appareil de sécurité sur le front d’un problème politique qu’il dit vouloir résoudre en ouvrant les bras au dialogue sur tous les sujets, comme cela se droit. Il n’a pas explicité ces quelques mots pour que l’on sache s’il est prêt, comme l’exhorte la Chambre de commerce et d’industrie d’Haïti (CCIH) à avoir un dialogue sans sujet tabou, y compris sur les mandats des élus.

Le président, lors de son intervention, a mis en avant d’autres appuis. « Je remercie tous les amis de la communauté internationale qui sont toujours debout, aux cotés du peuple Haïtiens. Je les remercie pour le gros support qu’ils nous donnent surtout dans le domaine de la sécurité et qu’ils continuent de donner », a affirmé le président Jovenel Moïse qui s’est engouffré dans la brèche pour critiquer des officiels ayant manifesté pour exiger son départ aux cotés de Arnel Joseph, un chef de gang recherché par la police et la justice.

« Il est inacceptable que des gens ayant des fonctions officielles manifestent cote-à-cote avec des chefs de gangs armés recherchés la justice recherche. Cela constitue un signal qui ne fait pas honneur à la démocratie, qui ne fait pas honneur à nos institutions », a indiqué le président Jovenel Moïse qui a sorti les crocs, versé dans un amalgame délibéré, comme si tous ceux qui réclament sont départ son de mèche avec des gangs armés et des trafiquants de drogue.

« Moi, Jovenel Moïse, chef de l’Etat, je ne laisserai pas le pays aux mains de gangs armés et de trafiquants de drogue », a assené le président Jovenel Moïse, soulignant que « pendant qu’il y a des troubles dans le pays, des gens ont profité pour faire atterrir un avion transportant de la drogue au Môle St Nicolas, saccagé une prison dans le Sud, utilisé un fugitif international pour comploter afin d’assassiner le président du pays ».

Sur ce complot pour l’assassiner, le chef de l’Etat n’a pas donné détails. Il est connu qu’un ex-commissaire de l’USGPN a été arrêté en uniforme avec une arme à feu, des téléphones, des munitions. Recherché par la DEA, cet ex-commissaire a été transféré aux Etats-Unis par la DEA.

« J’ai demandé au CSPN de prendre des dispositions pour arrêter tous les trafiquants de drogue et ceux qui brulent les policiers, qui sèment le deuil et terrorisent la population », a déclaré le président Jovenel Moïse.

Sur les réseaux sociaux, Jovenel Moïse n’avait pas fini son discours que circulait des photos le montrant aux côtés de l’un de ses alliés politiques, Guy Philippe, ex-commissaire de police, ex-rebelle, élu sénateur, mais arrêté, transféré aux Etats-Unis et condamnés à neuf ans de prison pour blanchiment d’argent issu du trafic de la drogue.

Les internautes ont aussi fait le rappel que sous la présidence de Jovenel Moïse, remonté contre les gangs armés, les trafiquants de drogue, la justice bégaie dans le dossier Manzanares, un bateau transportant de la drogue de la Colombie. L’Exécutif n’a pas fait sien non plus ni donné le support public approprié au dossier de trafic transnational d’armes et de munitions dans lequel est inculpé l’ancien coordonnateur de la sécurité du palais sous Jovenel Moïse, un ex-chef de police, un ex-ministre de l’intérieur, un ami de l’ex-président Martelly vu sur une vidéo lors de l’enregistrement d’un meringue carnavalesque. Le président Jovenel Moïse est vu sur cette vidéo.

Le président Moïse, après une violente charge contre les gouvernements de transition, deux ans après son arrivée au pouvoir, presque une semaine après la déclaration de l’urgence économique, a demandé au peuple de continuer de le supporter pour qu’il puisse changer sa condition de vie.

« J’ai la détermination de continuer à travailler pour changer vos conditions de vie pour vous et pour vos petits-enfants », a affirmé Jovenel Moïse, soulignant que son destin est lié à celui du peuple. Jusqu’au bout dans la caricature, le chef de l’Etat a indiqué, sans expliquer, qu’il sait que peuple est victime du « système ». Le président Jovenel Moïse, dauphin du président Michel Martelly, a pourtant hérité du passif des Tet Kale dont certains, à coté d’anciens ministres de l’ère Préval et Privert, sont indexés par la CSC/CA dans le rapport d’audit sur l’utilisation des fonds petrocaribe.

Le président Jovenel Moïse, avec cette adresse à la nation, à choisi de contre-attaquer à un moment où la rue, de plus en plus remontée, demande son départ. Les premières réactions sur les réseaux sociaux montrent que le président Jovenel Moïse, loin de convaincre, semble avoir fait un discours qui risque d’envenimer une situation déjà compliquée.

Les contre-feux du président risquent d’attiser le feu intérieur de ceux qui manifestent. 

Roberson Alphonse source Le Nouvelliste

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