L’hôpital général fermé de fait quand on en a le plus besoin

L’hôpital général fermé de fait quand on en a le plus besoin

Ce n’est pas un arrêt de travail du personnel soignant, mais la situation du pays qui entrave le fonctionnement du plus grand centre hospitalier du pays. Sans piper mot, sans une circulaire des responsables, l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti est fermé de fait.

Ce mercredi 13 février, tout était au point mort. Lits vides, espaces abandonnés, des barricades de pneus inflammés dans les zones envoisinnantes, manifestations à destination du Palais national, les derniers médecins sur place ont tiré la conclusion qu’impose la situation.

Plus loin, le service de maternité, l’un des derniers à rester ouvert pendant l’opération “pays lock” a fermé ses portes, faute de pouvoir donner des soins de qualité.

“La population comprendra que le fonctionnement d’un hôpital ne dépend pas uniquement de la présence ou de l’absence de professionnels de santé, mais il y a tout un environnement pour que les institutions sanitaires puissent s’approvisionner en intrants”, rappelle un chef de service joint au téléphone sous couvert de l’anonymat.

Plus loin, il souligne que la situation est paradoxale. “Dans ces moments de trouble, on ne compte plus les blessés, c’est le moment où les intrants devraient être disponibles et la sécurité des prestataires de soins garantie”.

Cette assertion qu’il a avancée tôt dans la matinée, ce chef de service à l’HUEH ne savait pas qu’un journaliste allait l’expérimenter à ses dépends.

En effet, vers les 2h de l’après-midi, Robenson Sanon, ex-collaborateur du quotidien Le Nouvelliste et de la radio Magik 9 et actuel reporter d’image pour l’agence Reuters, a été blessé par balle au niveau de l’avant-bras, non loin de la rue Pavée . Amené d’urgence à l’HUEH, tout était vide et sombre tel que décrit dans un précédent article du Nouvelliste.

“Fusillade à la rue Pavée : un collègue journaliste a pris une balle dans l’avant-bras droit. Aucun médecin aux urgences de hôpital général. #SOS #Haiti“, lit-on dans un tweet de la journaliste Amélie Baron.

Il est à se demander, qu’en serait-il si son cas ne pouvait pas attendre qu’une ambulance le transporte à l’hôpital Bernard Mevs?

Loin d’être un cas isolé, le mardi 12 février, l’Association des hôpitaux privés d’Haïti (AHPH) avait souligné que les hôpitaux commencent à faire face à des défis majeurs: pénurie d’électricité, pénurie de carburants, pénurie d’oxygène, appauvrissement des stocks de médicaments et arrêt des moyens de transports et des moyens de communication. 

Chaque jour, les appels de détresse se multiplient. D’un centre hospitalier à un autre, d’un proche à la recherche de sang ou d’une femme enceinte bravant les jets de pierres pour donner la vie.

Dans une note portant la signature du directeur médical de l’hôpital sanatorium de Port-au-Prince, le Dr Esthr Ardouin dénonce une situation intenable. “L’eau introuvable. L’argent insaisissable. La nourriture invisible. Les médicaments inaccessibles. L’oxygène épuisé. Le poumon, organe de l’air, à bout de souffle.

Situation invivable….. Je veux exéater certains malades. Ces derniers (ières) ne peuvent prendre les rues barricadées, jalonnées de caoutchoucs en combustion vive. Les moyens de transport sont inexistants. Je suis le seul médecin à l’hopital accompagné de 3 ou 4 infirmières”, époumonne le Dr Jean Ardouin Esther Louis-Charles

Si au plus haut niveau de l’Etat rien n’est encore dit, les autorités du ministère de la Santé publique semblent adopter le même comportement face à une situation qui ne cesse d’inquiéter plus d’un.

Pour le moment la vie du journaliste Robenson Sanon n’est pas en danger, en grande partie grâce à l’hôpital Bernard Mevs dont le fonctionnement risque d’être altéré à mesure que l’état du pays se dégrade. En attendant, cette septième journée “lock” est aussi celle des hôpitaux publics et privés qui tirent littéralement leur réverrence sur la scène des centres de soins fonctionnels.

Claudy Pierre Junior source Le Nouvelliste

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