Politique monétaire : BRH et APB divergent

Politique monétaire : BRH et APB divergent

Dans sa présentation de la situation au niveau du système bancaire haïtien au 9e Sommet sur la finance, le jeudi 25 avril 2019, Franck Helmcke, directeur général de la Unibank, président de l’Association professionnelle des banques (APB), a tancé la politique monétaire menée par la Banque des banques, la Banque de la République d’Haïti (BRH).

Une politique monétaire ”restrictive et pénalisante”. Ce sont ces deux adjectifs que Franck Helmcke a utilisés pour qualifier l’actuelle politique monétaire de la banque centrale.

S’agissant des taux de réserves obligatoires, le banquier a dénoncé des taux exagérément élevés. « Dans la Caraïbe, ce taux n’existe pas », a-t-il affirmé.

« On comprend très bien qu’il faut assécher les liquidités, faisons-le d’une manière moins pénalisante », a exhorté Franck Helmcke, se référant à des taux de réserves obligatoires de 45% pour les passifs en gourdes et de 51% pour les passifs en dollars, dont 12.5% en gourdes.

« A chaque fois qu’on assèche, on éponge les liquidités », a poursuivi le DG de la Unibank avant d’énumérer les conséquences résultant de cette action, à savoir une hausse du coût du crédit débouchant sur une contraction du crédit, entraînant une baisse de l’investissement privé ainsi qu’une baisse du taux de croissance.

Par ailleurs, dans sa prise de parole ayant précédé celle du président de l’APB, le gouverneur de la banque centrale, Jean Baden Dubois, n’a pas été tendre avec la politique de taux d’intérêt aveugle ou la politique de taux d’intérêt bas qui, selon lui, a fait augmenter de manière exponentielle les importations nationales de 2010 à 2014.

« Fin 2010-2011, on avait des taux d’intérêt en gourdes dans les banques commerciales qui avoisinaient les 5-6%, et malheureusement l’effet que cela aurait dû avoir sur le capital pour faciliter l’investissement dans les infrastructures productives n’a pas eu lieu », a rappelé le gouverneur Dubois, arguant que cette politique monétaire plutôt expansionniste a exacerbé le taux de consommation des ménages en augmentant le volume des importations.

« Nous sommes passés pratiquement de 2008 à des importations aux environs de 2.8 milliards de dollars à 5.6 milliards d’importations aujourd’hui tandis que les exportations sont restées en dessous de 1 milliard de dollars », a indiqué Jean Baden Dubois.

 Cela suppose que parallèlement à la politique monétaire, a-t-il poursuivi, les autres politiques doivent être clairement définies et mises en place.

« C’est cet arbitrage permanent que le banquier central en Haïti est obligé de faire, même si toutes les conditions ne sont pas encore réunies », a néanmoins reconnu le gouverneur.

Ainsi, Jean Baden Dubois a défendu la politique monétaire restrictive de la banque centrale par son souci, dit-il, de réduire l’instabilité du marché des changes en limitant la volatilité du taux dont les répercussions sur l’évolution des prix à la consommation se reflètent souvent automatiquement.

Plus loin, le gouverneur a admis, non sans peine, le côté néfaste du financement monétaire qui met de la liquidité sur le marché, contraignant ainsi la BRH à assécher cette liquidité pour éviter le pire sur le marché des changes. Une mission que la BRH n’a pas su mener à bien au vu du dérapage du taux de change ces derniers temps. En effet, la gourde a connu une perte de 28% de sa valeur sur 12 mois, de février 2018 à février 2019. Cette dégringolade de la monnaie locale a donc créé une pression inflationniste ainsi qu’une érosion du pouvoir d’achat de la population. En février 2018, l’inflation a atteint 11% en glissement annuel tandis qu’en février 2019, elle a franchi le seuil de 17%.

Pour Franck Helmcke, ce niveau record de dépréciation de la gourde est imputable au déficit record du gouvernement ayant impliqué une création monétaire de 24.1 milliards de gourdes. La banque centrale a donc réagi, dit-il, en augmentant les taux de réserves obligatoires sur les passifs gourdes et dollars pour assécher les liquidités en gourdes.

A en croire Jean Baden Dubois, il n’y a pas eu que l’augmentation des taux de réserves obligatoires comme des mesures prises par la BRH pour assécher les liquidités.

Le gouverneur a donc cité la modification du mode de constitution des réserves sur les passifs en gourdes, les opérations de SWAP effectuées avec plusieurs banques de la place, et les circulaires relatives à la position de change.

En dernier lieu, entre octobre 2018 et aujourd’hui, la banque centrale est déjà intervenue sur le marché des changes pour près de 80 millions de dollars américains.

Patrick ST PRE source Le Nouvelliste

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