Une pilule bluetooth commandée avec votre smartphone

Une pilule bluetooth commandée avec votre smartphone

De la forme d’un Y, cette pilule imprimée en 3D peut contenir des médicaments que le patient peut s’administrer et contrôler à l’aide de son smartphone.

Des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT), de Draper et du Brigam and Women’s Hospital, aux États-Unis, viennent de publier une étude sur une nouvelle technologie ingérable. Grâce à l’impression 3D, ils ont mis au point un nouveau mécanisme sous forme d’une pilule, qui délivre un traitement directement dans l’estomac.

L’appareil est conçu sous forme de Y, afin de rester logé dans l’estomac jusqu’à un mois avant de se désintégrer pour être éliminé dans les selles. Pour faciliter l’ingestion, les bras sont repliés, et le tout est contenu dans une enveloppe lisse. Cette pellicule se dissout au contact du suc gastrique, libérant ainsi la capsule. L’une des branches contient quatre petits compartiments destinés à contenir des médicaments qui pourraient ensuite être ouverts à distance, via un smartphone connecté en Bluetooth.

L’appareil peut également contenir des capteurs pour surveiller l’état d’un patient. Les chercheurs en ont déjà fait la démonstration pour la température corporelle, mais également, pour les fréquences cardiaque et respiratoire. Toutes ces données seraient ensuite communiquées à un smartphone tenu au maximum à bout de bras. La faible portée de l’appareil est mise en avant en terme de sécurité pour limiter les risques de piratage…

Le projet fou d’un traitement qui débuterait avant les symptômes…

Cette avancée a été rendue possible grâce à l’impression 3D. Cette technique permet d’incorporer tous les composants et d’alterner les couches de polymères rigides et flexibles. Yong Lin Kong, l’un des principaux auteurs de l’article publié dans l’édition du 13 décembre du journal Advanced Materials Technologies, indique que l’impression 3D multi-matériaux permet de créer des architectures uniques, impossibles à réaliser avec des procédés de fabrication conventionnels. Il permet d’adapter la durée de vie de la capsule, lentement dissoute par le suc gastrique, à une application médicale spécifique, ce qui conduirait à des outils de diagnostic et de traitement accessibles à tous.

Les chercheurs envisagent plusieurs populations cibles. Tout d’abord, les personnes ayant besoin d’un traitement régulier, par exemple pour le HIV ou la malaria. L’appareil sera programmé pour délivrer un dosage spécifique à un intervalle précis. Mieux encore, grâce à des capteurs intégrés, la capsule pourrait démarrer un traitement avant même le début de symptômes. Cet usage se destinerait à des populations à risque, comme des personnes sous chimiothérapie ou des médicaments immunodépresseurs. En détectant une infection de manière précoce, ce système démarrera automatiquement un traitement antibiotique. Autre possibilité, il libérerait automatiquement des antihistaminiques s’il détecte une réaction allergique.

Le prototype utilisé fonctionne grâce à une pile à oxyde d’argent. Plusieurs autres projets de recherche du MIT travaillent sur des sources d’énergie alternatives, comme une alimentation sans fil via une antenne, ou l’acide gastrique. Pour l’instant, cette capsule révolutionnaire n’a été testée que sur des porcs, mais les chercheurs estiment pouvoir commencer les essais sur des humains d’ici deux ans.

Fabrice Auclert, journaliste