Dany Laferrière se libère de l’Académie française

Dany Laferrière se libère de l’Académie française

Quand un Haïtien entre à l’Académie française, c’est une affaire nationale. » Au micro de Marie-France Bazzo, l’écrivain Dany Laferrière revient sur son trentième ouvrage, Autoportrait de Paris avec chat, une sorte de pied de nez à l’Académie française, et sur l’importance de sa nomination pour un pays comme Haïti.

Dany Laferrière raconte souvent que sa mère, c’est Port-au-Prince, où il a habité une grande partie de sa jeunesse, et son père, Montréal, où il a passé 40 ans de sa vie. Depuis sa nomination à l’Académie française, en 2015, il s’est graduellement installé à Paris dans un petit studio, avec une seule fenêtre, où il vit seul.

« Donc, je suis orphelin des deux [côtés] », s’amuse-t-il. Il commence à peine à profiter de la capitale française, participant à certaines activités culturelles.

L’Académie française pour les héros d’Haïti

Si l’écrivain est arrivé à Montréal en 1976, réfugié de la dictature des Duvalier en Haïti, ce n’est pas pour le Québec qu’il a accepté d’être à l’Académie française.

J’ai sur le dos un pays qui a toujours été frappé par des catastrophes, par des désastres. Un pays qui a été un leader, le deuxième pays indépendant en Amérique après les États-Unis, et qui a reculé dans une situation de misère endémique. Malgré tout, il y a beaucoup de jeunes gens qui me regardent en Haïti.

 Dany Laferrière

Il raconte comment il doit servir de modèle pour ces jeunes littéraires haïtiens qui portent l’amour de la langue française à bout de bras.

« Ici, au Québec, pays qui m’a reçu, la littérature est bien subventionnée. L’art, la culture, on peut en manquer un ou même 10 [jeunes futurs artistes ou littéraires], le pays va rouler. En Haïti, nous sommes faits d’héroïsme, c’est-à-dire que si l’on regarde le nombre d’écrivains haïtiens qui sont connus sur la scène de la francophonie, c’est énorme, mais c’est tout ce qu’on a. C’est-à-dire qu’on n’a pas d’écoles, on n’a pas de subventions pour multiplier cela. »

En Haïti, nous sommes faits d’héroïsme.

 Dany Laferrière

Sa nomination donne l’impression que c’est la culture francophone haïtienne, longtemps abandonnée, qui est enfin arrivée au cœur même de la culture française. Il admet aussi n’avoir jamais pensé à l’Académie avant qu’on lui propose de l’intégrer, un mois avant son intronisation.

À la découverte de Paris

Le format de son dernier livre, où s’entremêlent dessins et textes manuscrits, semble aussi être une manière de sortir des standards habituels, de ceux qu’on attend d’un membre à l’Académie.

Il n’y a pas beaucoup de gens qui oseraient, en ce moment, écrire 320 pages à la main et dessiner sans savoir dessiner. Il fallait que je fasse quelque chose qui me mette à nu et qui me libère aussi de l’Académie, et peut-être de l’académisme.

 Dany Laferrière

L’idée du livre lui est ainsi venue alors qu’il a commencé à accompagner ses dédicaces de petits dessins, comme une fleur.

« Je savais que ça me reposait de dessiner, mais pour dessiner longuement, il me fallait un projet. […] J’ai eu l’idée de faire un livre sur Paris, une idée qui ne m’était pas passé par la tête [avant] parce que je trouvais ça stupide, il y a tellement de livres extraordinaires sur Paris. »

« Tout est écrit dans cette ville, c’est une ville ouverte et écrite qui n’a pas besoin d’être écrite à nouveau. Il fallait trouver quelque chose qui me légitimait d’écrire sur Paris, et c’était le dessin. Je me suis dit: quelque chose de naïf complètement, que personne n’oserait faire. »

Il explique y faire des citations littéraires, mais également picturales. Il cite autant Proust que Basquiat ou Wharol, après de longues recherches dans des catalogues et des musées.

« L’idée n’est pas de reproduire, c’est vraiment de faire une citation. Rappeler le peintre, sans vouloir le représenter […], comme je fais apparaître Balzac dans le texte ou un autre écrivain. »