Démanteler Facebook ? Voici comment cela pourrait se faire

Démanteler Facebook ? Voici comment cela pourrait se faire

Les critiques veulent qu’Instagram et WhatsApp se séparent de Facebook. Nous examinons comment cela pourrait se produire.

Le Pdg de Facebook Mark Zuckerberg exerce tellement de pouvoir que même l’un des cofondateurs du réseau social pense que c’est à la fois « sans précédent » et « anti-américain ». Dans un éditorial publié jeudi dernier par The New York Times, Chris Hughes, qui a cofondé Facebook avec Zuckerberg alors qu’ils étaient étudiants à Harvard, demande que le réseau social soit démantelé. « Je suis en colère parce que sa concentration sur la croissance l’a amené à sacrifier la sécurité et la civilité au profit des clics », écrit Hughes, faisant allusion au patron et principal actionnaire de Facebook. « Je suis déçu que moi-même et l’équipe de Facebook n’ayons pas réfléchi à la façon dont l’algorithme du fil d’actualité pourrait changer notre culture, influencer les élections et habiliter les dirigeants nationalistes. »

La croissance rapide de Facebook a été alimentée par des acquisitions, dont Instagram et WhatsApp, un service de messagerie. Les critiques et les experts disent que Facebook a simplement acheté ses concurrents, plutôt que d’innover pour relever les défis qu’ils lui posaient. « Leur modèle économique consiste à identifier les menaces potentielles, puis à les acheter ou à les combattre d’une manière ou d’une autre », estime Stephen Diamond, professeur agrégé de droit à la Santa Clara University School of Law.

 

Le réseau social a été souvent accusé de ne pas en faire assez pour lutter contre l’ingérence électorale, la désinformation et les discours haineux. Son énorme pouvoir, affirment les critiques, doit être maintenu sous contrôle. Mais Facebook ne veut pas se séparer d’Instagram et de WhatsApp.

Qui veut qu’on démanteler Facebook ? Pourquoi ?

Les appels à démanteler Facebook ne sont pas nouveaux. Mais il est surprenant d’entendre l’un des cofondateurs de l’entreprise réclamer une mesure aussi extrême. Chris Hughes soutient que Zuckerberg détient tellement de pouvoir que même le conseil d’administration de l’entreprise ne peut le tenir responsable. Mark Zuckerberg contrôle environ 60 % des actions votantes de Facebook, ce qui signifie que le conseil d’administration ne peut techniquement pas le congédier, même s’il se trompe.

Mais Chris Hughes n’est pas seul sur cette ligne. Des groupes de défense, dont l’Electronic Privacy Information Center, Color of Change et Common Sense Media, ont déjà demandé à la Federal Trade Commission, l’organisme chargé de l’application des lois antitrust, de séparer Instagram et WhatsApp. Une scission permettrait également aux autres entreprises de médias sociaux de concurrencer plus facilement Facebook, affirment les organisations. En outre, un groupe appelé Freedom from Facebook a demandé à la FTC de forcer le réseau social à abandonner également son service Messenger.

La sénatrice démocrate du Massachusetts Elizabeth Warren, qui est par ailleurs candidate à l’élection présidentielle, fait partie des législateurs qui veulent démanteler Facebook, ainsi que d’autres géants de la tech, dont Google et Amazon.

Comment se passerait un démantèlement de Facebook ?

Une façon de démanteler Facebook serait que le gouvernement fédéral engage des poursuites contre l’entreprise, arguant qu’elle étouffe la concurrence. Cela pourrait donner lieu à une négociation entre les parties qui pourrait amener Facebook à réduire la voilure.

Une autre alternative serait que le Congrès adopte une loi sur les monopoles technologiques. Elizabeth Warren a proposé une telle loi, qui exigerait que les plateformes technologiques qui réalisent des chiffres d’affaires de 25 milliards de dollars ou plus « séparent structurellement » leurs produits. Amazon, par exemple, devrait se séparer de sa marque maison Amazon Basics. Warren a déclaré que si elle remportait l’élection présidentielle de 2020, son administration nommerait également des régulateurs pour annuler les fusions d’Instagram et de WhatsApp avec Facebook.

Qu’en dit Facebook ?

Facebook estime que le démantèlement de l’entreprise ne la rendrait pas plus responsable de ses actes. Au lieu de cela, Facebook réclame plus de réglementation sur Internet concernant le contenu préjudiciable, l’intégrité des élections, la protection de la vie privée et la portabilité des données.

Dans un éditorial publié ce weekend dans le New-York Times , Nick Clegg, vice-président des affaires mondiales et de la communication de Facebook, estime que « la responsabilité des entreprises de technologie ne peut être obtenue que par l’introduction minutieuse de nouvelles règles pour l’Internet».

Le réseau social considère également que le fait d’avoir Instagram et WhatsApp sous Facebook l’aide à lutter contre le spam, l’ingérence électorale et la criminalité. Facebook estime qu’il y a une vraie concurrence, pointant vers YouTube, Snapchat, iMessage et WeChat, entre autres.

Y-a-t-il des précédents ?

Oui, mais c’est inhabituel. En 1974, le ministère américain de la Justice a intenté une action antitrust contre AT&T, mais l’affaire n’a été réglée que huit ans plus tard. Selon un article paru en 1982 dans le Washington Post, la compagnie de téléphone a dû céder les deux tiers de ses actifs à des sociétés distinctes. Le gouvernement a également tenté de démanteler Microsoft et, en 2000, un juge fédéral américain a ordonné que le géant se scinde en deux sociétés. Microsoft a fait appel et la décision a été annulée.

Quelles seraient les conséquences pour les usagers de Facebook ?

Facebook tente d’intégrer ses services de messagerie afin que les utilisateurs de Facebook, Instagram et WhatsApp puissent s’envoyer des messages sans changer d’application. La scission des entreprises pourrait empêcher cela. Environ 2,7 milliards de personnes utilisent Facebook, Instagram, WhatsApp ou Messenger chaque mois.

Ceux qui veulent que le gouvernement démantèle Facebook soutiennent que cette mesure favoriserait la concurrence entre les réseaux sociaux, ce qui offrirait plus d’options aux consommateurs. Stephen Diamond a déclaré que le démantèlement de Facebook pourrait également amener l’entreprise à intensifier ses efforts en matière de protection de la vie privée afin de rivaliser avec ses concurrents.

Quelles sont les probabilités que cela arrive ?

La FTC a refusé de dire si elle cherchait à démanteler Facebook. Mais si l’on se reporte à l’histoire, c’est une action très rare. « Je doute qu’il y ait un élan politique suffisant pour briser Facebook », pense Stephen Diamond. « Je suis sceptique, même si je pense qu’il y a de bonnes raisons de le faire. »

Source : Cnet.com The New-York Times

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