Des milliers de protestants ont marché contre l’immoralité

Des milliers de protestants ont marché contre l’immoralité

Plusieurs milliers de chrétiens, réunis autour de 15 associations, ont marché pour dénoncer des dispositions des décrets portant sur le nouveau code pénal et la carte d’identification nationale unique et d’autres problèmes sociaux auxquels est confronté le pays le dimanche 26 juillet 2020. Cette marche pacifique pour dire non à l’immoralité, pour certains, signifie le réveil des chrétiens qui, depuis longtemps, voulaient toujours se démarquer de la politique.

Dimanche, dix heures et demie, une grande foule de chrétiens divisée en deux cortèges entame la marche dite contre l’immoralité. Mains en l’air, arborant des pancartes et des branches d’arbres, les participants exaltent le Seigneur à travers des chants de louange et d’adoration. Les décibels des chars les accompagnant résonnent sur toute la route de l’aéroport. Sur les t-shirt sont inscrits en un rouge vif la raison qui pousse ces chrétiens à manifester : « non à l’immoralité ; vive la famille. » CONASPEH, MUCREH, FPH, Radio télé Shekinah, VIHAMO, RENAPAD, Eglise de Dieu en Haïti sont entre autres institutions organisatrices de cette marche. 

Pacifiques, les chrétiens partent de Trois mains, à proximité de l’aéroport international Toussaint Louverture, vers le carrefour de l’aéroport. Après environ une heure de marche, ils s’arrêtent afin d’écouter le discours du pasteur Calixte Fleuridor, président de la Fédération protestante d’Haïti, organe représentatif du secteur. « C’est un seul acquis qui nous reste dans ce pays : la moralité. Elle n’est pas négociable », a indiqué le berger.

Haïti, qui était la perle des Antilles, est aujourd’hui la honte des Antilles. De son avis, le pays ne peut accepter des pratiques contraires à l’ordre des choses, à la nature. Le leader religieux prévient qu’ils marcheront dans les rues tant que le président ne revient pas sur sa décision. « Un homme et une femme », insiste-t-il, sous les applaudissements des fidèles de plusieurs chapelles. Pour le prélat, la société haïtienne d’aujourd’hui nécessite plutôt de véritables réformes dans le système de santé, d’éducation, de sécurité et de production.

Il faut à la jeunesse des universités et des écoles professionnelles dignes de ce nom, ainsi que des projets de développement social en faveur des communautés haïtiennes, a recommandé le dirigeant de l’organe représentatif du secteur protestant. « Nous disons non, non et non à l’immoralité », a soutenu Calixte Fleuridor.

De son côté, le pasteur Maxo Joseph n’a pas fait l’économie de son verbe pour inviter le président de la République à corriger les décrets qui les poussent à manifester. Les chrétiens estiment qu’il est injuste que des articles prévoient des sanctions contre les leaders religieux qui refuseraient de rendre un service à quelqu’un sur la base de son orientation sexuelle. Pour le révérend, il ne suffit pas de marcher pour dénoncer l’immoralité. Il dit envisager d’attaquer les décrets en inconstitutionnalité par-devant les institutions que de droit.

Le dirigeant de la Vision pour Haïti et pour le monde (VIHAMO) a confié que les structures auxquelles il appartient compte exercer des recours devant certaines institutions internationales de droits humains et d’autres à caractère religieux.

À ceux-là qui critiquent le secteur pour son désintéressement à des maux dont souffre la société, le leader de la VIHAMO rappelle  qu’ils ont toujours été impliqués dans les luttes sociales. Il est utile de rappeler l’implication de cet organisme dans la lutte pour le désarmement sous feu René Préval. Selon le révérend, les chrétiens n’ont jamais été unis comme un seul homme. À lui d’ajouter : « À présent, nous le sommes pour dire non à l’immoralité. »

Le pasteur Maxo Joseph, plus loin, a estimé qu’ils seraient complices s’ils se muraient dans le silence. Cette marche, a-t-il dit, marque le réveil des protestants. « Il faut un jour pour sortir de son sommeil. Nous sommes réveillés. Personne ne nous divisera », a garanti Maxo Joseph. Toutefois, il souligne qu’étant chrétiens ils ne sont point hostiles à l’égard des membres de la communauté LGBT. Il rappelle que cette catégorie a toujours existé dans le pays et que la population, les chrétiens notamment, ont toujours été tolérants. Mais, soutient-il, cette marche s’inscrit dans une perspective de lutte contre l’immoralité.

« Nous condamnons ces articles pièges qui permettent à des mineurs de 15 ans de se livrer à la prostitution. C’est une façon d’éliminer la famille. Nous dénonçons le fait que les messieurs du LGBT auront la liberté de faire ce que bon leur semble », a tempêté le pasteur Armel Lafleur, connu pour son franc parler dédaigneux. Ces décrets sont aussi un piège pour les leaders religieux, a fait remarquer le bishop. Même s’il estime que le président est codépositaire de la souveraineté nationale, il affirme qu’il ne saurait l’être sur la majorité. Cette majorité, les chrétiens, s’opposent donc notamment aux articles qui insinuent la liberté sexuelle et la reconnaissance du mouvement LGBT.

D’autres associations se sont jointes à la marche des chrétiens pour dénoncer l’immoralité dans le pays et plaider en faveur du développement social et économique. Les chrétiens n’ont pas précisé la prochaine étape de leur mouvement. En outre, ils ont profité de ce rassemblement pour faire signer une pétition qu’ils comptent soumettre aux autorités compétentes afin qu’elles corrigent les décrets en question.

Caleb Lefèvre, le Nouvelliste

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