Épidémie d’insuffisance rénale, il faut agir sur l’HTA

Épidémie d’insuffisance rénale,  il faut agir sur l’HTA

Alors que tous les yeux du monde médical sont rivés sur la couverture universelle en santé, le Dr Jean Enold Buteau, néphrologue de formation, pense qu’il ne faut pas dissocier les maladies rénales des soins de santé. «La capacité du pays à offrir des soins de santé de qualité à la base détermine la prévalence des maladies rénales, notamment l’insuffisance rénale.»

« Dans une étude réalisée en Haïti sur 178 patients, 93 d’entre eux étaient hypertendus. L’insuffisance rénale est secondaire dans ces cas à l’hypertension artérielle», a indiqué le Dr Jean-Énold Buteau qui faisait une présentation à l’occasion du 65e congrès de l’AMH.

Par ailleurs, la population doit savoir qu’elle ne peut pas se payer le luxe de ne pas prendre au sérieux l’hypertension artérielle. Le facteur ethnique est un facteur prédisposant à considérer. «La prévalence de l’hypertension artérielle chez les Noirs dans le monde est de 9 pour 100 000 contre 0,6 pour 100 000 chez les Blancs», a relaté le néphrologue.

Pour le Dr Jean-Énold Buteau, c’est au stade initial qu’il faut référer les patients chez un néphrologue. «Il serait mieux de prendre en charge l’hypertension artérielle pour limiter les dégats sur les reins.» Quand une personne est arrivée au stade d’insuffisance rénale terminale, a fait savoir le Dr Buteau, le nephrologue ne peut faire grande-chose.

Il y a certainement une épidémie d’insuffisance rénale en Haïti, on n’en tient pas compte quand on n’est pas concerné directement. «En 1991, il y a eu moins de 200 personnes pour 100 000, en 2014 cette épidémie a atteint plus de 600 personnes», ont dénombré les spécialistes en néphrologie en Haïti.

Les institutions à avoir reçu plus de patients pour des séances de dialyse restent l’HUEH, l’OFATMA et l’IHNE qui ont reçu respectivement 32, 22 et 16 patients. Il est inutile de rappeler que les besoins sont beaucoup plus importants, mais la population n’a pas les moyens pour les séances de dialyse.

Il est donc clair, suivant la présentation du Dr Jean-Énold Buteau, que si la population n’a pas les moyens pour couvrir le coût de ses besoins en santé, notamment pour l’insuffisance rénale terminale, c’est sur les causes qu’il faut agir. « Parmi ces causes l’hypertension artérielle occupe la première place», a-t-il rappelé.

Si l’hypertension est à l’origine de beaucoup d’autres pathologies, il n’en reste pas moins vrai que dans le cas d’une pathologie aussi grave que l’insuffisance rénale, c’est un point clé sur lequel il faut agir. Une consommation modérée de sel et de graisse, des exercices physiques réguliers ainsi qu’un bon contrôle sur le poids corporel sont les facteurs sur lesquels il faut agir pour combattre l’hypertension artérielle et, par voie de conséquence, l’insuffisance rénale. Pour les personnes hypertendues, la prise des médicaments et les consultations chez les professionnels de la santé sont fortement recommandées.

Claudy Junior Pierre Source Le Nouvelliste