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  • Des écrivains haïtiens demandent la démission de Jovenel Moïse Des écrivains haïtiens demandent la démission de Jovenel Moïse

    Plus d’une vingtaine d’écrivains et d’écrivaines plaident pour la réalisation du procès PetroCaribe. Ils font le constat des maux et des manquements qui rongent notre pays. Le tableau de nos malheurs qu’ils brossent est des plus sombres. Ils se disent favorables à la démission de Jovenel Moïse, déjà lâché par des secteurs vitaux de la société et dont la rue exige sans cesse le départ depuis dimanche. Port-au-Prince Post publie, ci-après, in extenso, leur lettre ouverte.

    LETTRE OUVERTE DES ECRIVAINES ET ECRIVAINS HAÏTIENS A LA NATION

    Citoyennes, Citoyens, 

    Nous ne sommes pas d’accord avec la façon dont nous sommes gouvernés. De cela nous sommes tous convaincus aujourd’hui. Ce consensus puissant est porteur d’une vague qui s’est amorcée il y a quelques mois et qui ne s’arrêtera pas. Le spectacle dégradant que le Président de la République, le gouvernement et la majorité parlementaire donnent à la Nation et au monde est honteux. Nous vivons en direct la déroute d’un gouvernement dépassé, juste préoccupé à sauver ses privilèges et son butin mal acquis sur le dos de la Nation. 

    Nous sommes indignés. Mais c’est signe que nous sommes vivants et pugnaces. Cette descente aux enfers de la nation est la conséquence d’un système social basé sur l’exclusion et un trop-plein d’inégalités se traduisant en politique par une succession de régimes ou de tentatives autoritaires, loin de tous principes d’équité et de justice sociale. Nous n’en voulons plus.

    Nous saluons le courage des hommes et des femmes de ce pays, des jeunes en particulier qui refusant par milliers de baisser les bras, se battent contre l’obscurité qui veut nous recouvrir. Et la rue rebelle, incandescente, imprévisible, déverse sporadiquement ses coulées de rage et de frustration légitime à travers les villes. Criant : Nous n’en pouvons plus d’avoir faim. Nous n’en pouvons plus de souffrir de la négation de nos besoins élémentaires pendant qu’on nous dépouille. 

    Dans la vie de chaque peuple viennent ces moments où il doit engager son histoire et son destin. Il est venu le temps du changement. Nous unissons nos voix à celles qui demandent la démission du président de la République. Mais disons-le d’emblée, haut et clair, aucune transformation durable de notre société ne se fera sans que soient pris en compte les valeurs et les principes qui seuls peuvent assurer l’avènement d’une société plus juste, solidaire et fraternelle. 
    Aucune construction démocratique n’est possible en Haïti sans la réduction des inégalités, sans une nouvelle éthique et des moyens pour soutenir le service public dans la valorisation du bien commun. Aider à construire cette démocratie mais surtout croire que c’est une construction possible, tel est notre combat. Pour l’heure, il nous incombe de prendre les décisions qui s’imposent sans perdre davantage de temps, et dans l’union.

    L’union fait la force. Construisons-là cette union. Prenons au mot les propositions de nos représentants économiques et sociaux, religieux, communautaires, associatifs. Construisons un gouvernement d’unité nationale. Construisons une stratégie prioritaire de redressement de l’État de droit. Cela fait des lustres que nous  parlons de conférence nationale, d’états généraux. Mais rien de cela ne sera possible s’il n’y a pas de confiance autour de la table. Ayons le courage de dire tout haut là où le bât blesse. La méfiance, les jalousies, les rivalités, le marronnage, les soifs matérielles nous divisent et nous paralysent surtout. Construisons la confiance et la tolérance pour avancer  vers des solutions qui nous ressemblent et nous rassemblent. 

    Le premier acte susceptible de restaurer la confiance est la tenue légitime du procès PetroCaribe. Une étape essentielle dans notre processus de transformation. Petrocaribe sera le procès de nos douleurs que nous n’avons pas pu évacuer ensemble après le 12 janvier 2010. Ce sera le procès de tous les génocides éparpillés dans notre histoire, ces morts qui attendent que nous les libérions de notre mémoire endormie. Le procès Petrocaribe sera surtout l’occasion pour chaque haïtienne et chaque haïtien de s’interroger sur le rapport que nous entretenons avec le bien public, ce qui appartient à tous et est bon pour tous.  
    Et puis, préparons-nous à voter quand le temps viendra. Préparons-nous à voter dès aujourd’hui mais sur la base de politiques, de stratégies et de programmes d’intérêt national et local à l’édification desquels nous aurons contribué individuellement et collectivement, en particulier dans le cadre de nos organisations institutionnelles, professionnelles et communautaires.

    Le mot qui sauve aujourd’hui est ensemble. Nos jeunes l’ont compris. Le mot de la survie est relation. Relation entre les générations. Relation entre les quartiers. Relation entre les groupes sectoriels, sociaux et professionnels. Que les filles et les femmes d’Haïti continuent leurs avancées vers les territoires sociaux et politiques comme ces femmes au Soudan au cœur de la révolte contre un régime décrié. Ensemble sans fausse pudeur. Dépouillés de nos egos trop lourds pour nos vies.  Relation avec nos sœurs et frères haïtiens de la diaspora qui souffrent avec nous, qui veulent participer avec nous au grand chantier de reconstruction de notre société. Nous n’avons plus beaucoup de temps. Il n’est plus question de s’adapter vaille que vaille à un système qui ne fonctionne plus. Plus question de se taire et de faire semblant que les choses vont changer comme si cela allait de soi.

    Citoyennes et citoyens, 

    Nous écrivaines et écrivains Haïtiens voulons continuer d’être utiles à la nation en  maintenant vive la parole qui  alerte, questionne, critique et suscite la conscience critique. Nous voulons d’un État de droit pouvant nous garantir un vrai procès Petrocaribe historique. Nous voulons de vrais projets sociaux en faveur des populations vulnérables. Nous voulons des politiques publiques cohérentes favorisant la production nationale, l’investissement, l’éducation pour tous, les libertés individuelles, la liberté d’expression, la culture… Nous invitons chacun à jouer son rôle citoyen et à travailler à l’avènement de l’Haïti que nous voulons. 

    Coutechève Lavoie Aupont
    Guy Régis Jr.
    James Noël
    Néhémy Pierre Dahomey
    Marie Andrée Etienne
    Frankétienne
    Evelyne Trouillot
    Jean D’Amérique
    Lyonel Trouillot
    Dieulermesson Petit-Frère
    Barbara Prezeau Stefenson
    Gary Klang
    Kettly Mars
    Jacques Adler Jean Pierre
    André Fouad
    Yanick Lahens
    Gary Victor
    Béo Monteau 
    Jean-Robert Léonidas
    Verly Dabel
    Mirline Pierre
    Elsie Suréna
    Anthony Phelps
    Mehdi Chalmers
    Guy Gérald Ménard
    Eddy Toussaint Tontongi
    Faubert Bolivar
    Makenzy Orcel
    Stephane Martelly

    Source Port-au-Prince Post 

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  • Jeunesse haïtienne: Quel espoir, quel avenir? Jeunesse haïtienne: Quel espoir, quel avenir?

    Haïti fait partie des pays dont le pourcentage de population de moins de 15 ans est moyen. De mon temps, on disait « Pitit se byen pòv malerèz ». Les parents très pauvres comptent sur leurs enfants, une fois devenus vieux, pour les soutenir. Cependant, cette mentalité a évolué. Désormais, certains parents comprennent qu’il faudrait mieux nourrir, soigner et éduquer leurs progénitures. De plus en plus de mères pratiquent le planning familial. Néanmoins, n’empêche que 30% de la population soit encore des ados. Dès lors, on se questionne sur cette génération qui, elle-même, se cherche.

    Je suis encore jeune, jeune adulte. Avant 2010, j’étais encore adolescent. je me rappelle d’une parole de chanson d’un des groupes hip-hop les plus adulés du pays. « Granmoun yo echwe ». (Les adultes ont échoué). Dire que ces messieurs approchent la quarantaine. Cette parole a déchaîné une telle polémique. Pourquoi ces mots?

    Pour mieux vous répondre, rendons-nous dans une frange récente de l’histoire d’Haïti. Ces messieurs étaient déjà nés le 7 Février 1986. Cette date marque la fin d’une ère : l’ère duvaliériste. Les Duvalier sont les pires dictateurs  qu’aient connu Haïti. Ben. Si vous voulez en savoir plus, lisez Bernard Diederich.

    La fin d’une ère devrait marquer la venue d’une nouvelle. Trente ans après la chute duvalérienne, la classe politique haïtienne a piteusement échoué. Ici, le nombre de jeunes à nourrir, éduquer et soigner est si élevé que l’État n’arrive pas à subvenir à leurs besoins. J’espère avoir éclairé vos lanternes et ceux de nos compatriotes feignent de ne pas savoir de quel échec il s’agit.

    Souvent, les « granmoun » (génération X) reprochent aux jeunes (Gen YZ) d’être des délinquants pour la plupart. Et pourquoi donc? Parce que notre génération connait le rap. Le hip-hop haïtien a pris dans les années 90. Comme si chaque génération n’a pas connu sa mouvance sociale. On dirait parfois qu’on nous considère comme une génération en déperdition.

    La jeunesse actuelle est plus que jamais connectée à ses idoles : potins, looks, slogans. On lui reproche de ne pas avoir de bons modèles. Récemment, le Ministère du Tourisme d’Haïti a impliqué quelques jeunes artistes haïtiens influents à la sensibilisation de la population à l’importance du tourisme. Voir leurs idoles impliqués dans une telle initiative pourrait aider la jeunesse du pays à briser les stéréotypes…

    Une jeunesse qui se cherche

    On a tous nos raisons. J’ai arrêté la fac parce que je n’avais pas le choix. Ce mois-ci, j’ai appris avec stupeur une nouvelle décevante. Le plus brillant étudiant de ma promotion de fac a stoppé ses études en linguistique. J’en crois pas à mes oreilles. Je le voyais obtenir son PhD. Pour reprendre ses mots que l’on dit trop souvent chez nous, peyi a pa ofri moun anyen. (Le pays n’offre aucun avantage social). Si partir loin du pays était une évidence, aujourd’hui ce périple devient une impérative. Le Chili, pays hôte, devient le nouvel eldorado des jeunes haïtiens.

    D’un autre côté, une partie de la jeunesse actuelle croit dans son dynamisme et sa qualification. Une jeunesse compétente qui se veut au cœur des décisions, au cœur de l’action. En ce qui me concerne, je pense qu’il serait probable de combler tout fossé générationnel. Comme dit, le vieil adage, « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait« . Tout ça pour dire quand on est jeune, on manque bien entendu d’expérience et de vécu; et dans nos vieux jours, on possède l’expérience mais plus la vigueur de sa jeunesse.

    Une autre Haïti est-elle possible avec sa jeunesse?

    Si de jeunes oisifs passent leurs journées à ne rien faire, à s’adonner à la bouteille, une autre partie pense autrement. Du coup, certains jeunes de la génération consciente se demandent combien d’entre eux croient qu’il est possible de remettre Haïti sur la voie du progrès socio-économique. Effectivement, si certains se plaignent du mal du pays, d’autres préfèrent prendre l’initiative. En fait, depuis quelques temps, on voit bourgeonner un esprit d’entrepreneuriat en Haïti.

    En 2014, de concert avec des institutions partenaires dont l’OIF et l’Université d’État d’Haïti, le comité organisateur du groupe Echo Haïti, a procédé au lancement de la première édition du premier forum international de jeunes entrepreneurs  en Haïti, baptisé « Elan Haïti 2014 ». Ce forum biennal international a connu une deuxième édition en 2016. De cette dernière édition est née un projet innovant axé sur l’emploi PUSH qui entend s’attaquer à la problématique d’insertion des jeunes diplômés sur le marché du travail. L’objectif, dans la durée, est d’aider des jeunes professionnels haïtiens à s’insérer sur le marché de l’emploi et agir ainsi contre le chômage des jeunes. Récemment, l’économiste Marc Alain Boucicault, fondateur de la société Banj, a annoncé que le lancement officiel de cette institution aurait lieu le mardi 1er août 2017 : un nouvel outil dans le monde entrepreneurial en Haïti.

    Haïti : Je m’engage

    C’est un peu triste à dire ! Mais, parfois on ne saurait empêcher un jeune de partir quand on ne peut l’offrir le meilleur. Le pire, c’est quand les jeunes jurent de ne plus revenir. Franchement, on les comprend. Souvent, de retour au pays, ils sont la cible potentielle de voleurs depuis l’aéroport. Cependant, on craint que la jeunesse qui constitue la couche arable de notre pays soit déversée vers l’extérieur. Si l’on ne peut encore guérir le mal, rien ne nous empêche de le prévenir. Nous sommes nombreux à nous engager à notre manière. Professeurs, artistes, jeunes leaders… sauf les politiques peut-être.

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