Carnaval 2018 : Les groupes musicaux participent…

Carnaval 2018 : Les groupes musicaux participent…

Le carnaval a toujours été un événement culturel depuis la nuit des temps, une festivité d’origine païenne. Avec le christianisme, la nature de cette fête a grandement changé. Dans un temps, à Port-au-Prince, on organisait le carnaval des lycéens et le carnaval des étudiants, respectivement le vendredi et le samedi qui précédaient les jours gras. Le carnaval national représente une plateforme où s’étale la culture du peuple haitien aux yeux du monde. Il se déroulait à la capitale, et chaque ville organisait le sien.

Le changement de nature du carnaval haïtien 

Le carnaval attirait les touristes, ce qui avait aidé un peu l’économie haïtienne. Aucun critère du comité organisateur du carnaval ne définit les droits de participation des groupes musicaux au défilé carnavalesque. De nos jours, aucun concours de méringues carnavalesques n’est organisé comme cela se faisait dans le passé. On aurait tendance à dire que le choix des groupes musicaux se fait « au pif ». Tel n’est pas le cas. Ceux-là qui se tiennent sur la bonne branche ont toujours la chance d’être présents et de bénéficier d’un char musical, même quand leurs méringues carnavalesques laissent à désirer.   

Dans les années 60-70, les mairies se chargeaient de l’organisation de cette festivité culturelle, et les maisons de commerce y apportaient leur grande contribution. Au son de la troisième sirène de la mairie, le défilé commençait à Port-au-Prince. C’était un carnaval riche en couleur. Les participants portaient des uniformes identificateurs de leur appartenance aux bandes comme Diabolo, Zobolo, Titato, Dragon, Yoyo, Deranje, Rodan, Nirvana, Maison Hantée, Compas Direct, Cadence Rampa,  etc. 

Tout ceci c’était pour le plaisir des yeux. Que dire des cyclistes, des bœufs, des Indiens, des Charles Oscar, des masques allégoriques, de Vivi (les zombifiés), qui défilaient au devant du cortège carnavalesque ?  Aujourd’hui, les participants ne se déguisent plus. Il faut donc qu’on protège l’image du carnaval en exigeant que les « carnavaliers » portent des uniformes. Les bandes carnavalesques susmentionnées exigeaient que leurs fans portent des chemises aux couleurs symboliques pouvant identifier leur appartenance. On les vendait au quartier général des groupes. Il revient aux groupes musicaux et au ministre de la Culture d’exiger que les gens portent des couleurs capables d’égayer la fête. 

La nature du carnaval haïtien a subi des modifications considérables, surtout avec l’avancement de la technologie qui facilite la tâche de certains groupes musicaux. Du temps de Titato,  de Nirvana, de Diabolo, de Zobolo et même du temps de Compas direct et de Cadence Rampa on ressentait et reconnaissait la présence des instruments. Le son des trompettes attirait la foule qui venait de loin. Aujourd’hui, les groupes musicaux offrent des musiques programmées à l’ordinateur pendant tout le parcours du cortège carnavalesque. On ne voit que les chanteurs tenant un microphone faisant du « voice-over ». Donc, ils chantent en playback et deviennent automatiquement des « voice-over » artistes. Et le grand public ne se rend même pas compte d’un tel subterfuge. 

Le carnaval et la politique 

Le carnaval est aujourd’hui fortement politisé.  Cela est si vrai que la politique d’exclusion fait loi. On se souvient encore du bannissement de Don Kato de « Brothers Posse » du carnaval, une décision personnelle de Michel Martelly, alors président du pays. « Tout s ak pa bon pou youn li bon pou yon lòt ». Une telle mesure avait fait accroître la popularité de Don Kato. C’est ce qui lui a valu son élection au Sénat de la République d’Haïti. Des démarches étaient en cours pour interdire la participation de Sweet Micky au carnaval 2018, aux Gonaïves et à Jacmel, sous la base d’obscénités qu’il avait proférées au dernier carnaval national qui a eu lieu dans la ville des Cayes, dans le sud du pays, et au « Ayiti Music festival » à Henfrasa,  le 6 janvier 2018.  

Un des porte-paroles de la présidence rappelle que le carnaval est un espace de défoulement où « tout est permis ». Le maire des Gonaïves, Neil Latortue, pense le contraire. Il a satisfait à la demande des organisations civiles de cette région, qui lui avaient adressé une lettre lui demandant d’interdire la participation au carnaval de tous les groupes musicaux qui ne font pas preuve de moralité, dont Sweet Micky. Le premier citoyen de la ville a décidé que celui-ci ne pourra pas participer au carnaval des Gonaïves, les 2, 3 et 4 février.  

Il est aussi interdit de prendre part au carnaval de Jacmel, qui aura lieu le dimanche 4 février, d’après la décision du maire de cette ville. Certaines gens croient qu’il s’agit d’un déblayage du terrain politique, via le carnaval, pour que d’éventuels candidats à la présidence puissent émerger et s’imposer dans certaines régions du pays.  L’avenir permettra de vérifier une telle assertion. Il n’y a rien de caché qui ne doive être connu, ni de secret qui ne doive être  dévoilé, nous dit la Bible. « Manti mèt kouri jan l vle, yon jou l ap fatige, verite gen pou kenbe l ». En passant, la deuxième édition du carnaval de la Croix-des-Bouquets aura lieu le dimanche 4 février prochain. À cette festivité prendront part Djakout #1 et Brothers’ Posse (Don Kato). 

Sweet Micky a une alternative face à l’interdiction imposée 

Sweet Micky, au cours d’une interview, a déclaré qu’il n’a aucun problème avec la décision prise ayant à voir à son interdiction au carnaval. On pense qu’il va adopter le comportement qu’avait affiché Don Kato, lors de son interdiction de participer à plusieurs carnavals.  Sweet Micky a un plan B. Il envisage partir en vacance avec les membres de sa famille, dit-il. Mais si on fait appel à lui, il y participera, d’après ses déclarations. Micky pa gen pwoblèm, Micky pa gen pwoblèm, Pourtant, ses partisans et ses amis n’adhèrent pas à cette politique d’exclusion adoptée contre lui, empêchant la participation de son groupe musical à cette festivité traditionnelle. Si l’on fait fi des déclarations de Sweet Micky, l’on se demande pourquoi certaines gens refusent d’accepter sa décision. Le tohu-bohu orchestré autour de cette affaire n’a pas sa raison d’être. 

Edo Zenny, ancien sénateur de la République et ami personnel de l’ex-président, avait déclaré qu’il accepterait l’interdiction imposée à Sweet Micky, si et seulement si le maire de Jacmel fait officiellement une déclaration interdisant sa participation. Il avait ignoré les associations de jeunes de la ville, qui exigeaient l’interdiction de Sweet Micky au carnaval. L’ancien sénateur avait demandé au maire de la ville de faire face à ses responsabilités, croyant le mettre dans ses petits souliers. Il est bruit que Ti Joe Zenny décide que son groupe « Kreyol La » ne participera pas au carnaval de Jacmel, si on impose une interdiction à Sweet Micky. Il faut toutefois souligner que Jacques Sauveur Jean a publiquement déclaré qu’il ne veut et ne peut apporter aucune solidarité à Sweet Micky, qu’il considère être son compétiteur musical. Gracia Delva ne s’est pas clairement prononcé sur la question. Il paraît un peu flou. Il laisse l’impression qu’il y participera puisqu’il dit que sa méringue carnavalesque « Depatcha » est de bonne facture et que son groupe, Mass Compas, va hausser la barre de la compétition au carnaval. Lè na wè na kwè. 

La situation de Sweet Micky est identique à celle qu’avait connue Don Kato dans le passé, même si les raisons diffèrent.  Les musiciens n’avaient apporté aucun support à Kato en signe de fraternité, lors. Pour décrire une pareille situation, les linguistes utilisent un proverbe qui dit ce qui suit : « s ak pa bon pou zwa pa dwe bon pou kana ».  Il semble que les méringues « Aloral » et « Cho cho nèt » de Don Kato n’aient pas plu à bon nombre de gens. C’est un fait qui démontre que le carnaval est aujourd’hui teinté de politique. Cela crée des doutes dans l’esprit des observateurs d’ici et d’ailleurs. C’est donc un feuilleton à suivre de très près, et cela jusqu’aux prochaines élections présidentielles. Dans le futur, le comité organisateur du carnaval doit clairement définir les critères de participation des groupes musicaux au défilé carnavalesque, pour empêcher la vulgarité, le triomphe de la médiocrité et le désordre musical. La permissivité a ses limites.  

robertnoel22@yahoo.com 

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