Perdre du poids en évitant certains acides aminés

Perdre du poids en évitant certains acides aminés

Maintes personnes obèses et diabétiques tentent de perdre du poids en s’imposant une diète réduite en calories, mais une telle démarche est si difficile que la plupart ne réussissent pas à maintenir ce nouveau régime alimentaire.

Une nouvelle étude publiée dans The Journal of Physiology a montré que réduire la consommation de certains acides aminés, ces briques qui composent les protéines, permet de perdre du poids et d’améliorer le contrôle de la glycémie chez des souris devenues obèses et diabétiques en raison de leur mauvaise alimentation.

Les chercheurs avaient déjà remarqué que la quantité d’acides aminés à chaîne ramifiée (AACR) — leucine, isoleucine et valine — était plus élevée dans le sang des humains et des rongeurs obèses et résistants à l’insuline.

Dans une première étude, ils ont démontré que réduire les niveaux de ces acides aminés dans la diète de jeunes souris en croissance avait des effets bénéfiques sur leur santé métabolique, puisque cela améliorait leur tolérance au glucose et préservait leur sensibilité à l’insuline, tout en ralentissant l’accumulation de tissus adipeux.

Cette fois, les chercheurs ont montré qu’un régime pauvre en AACR pouvait aussi rétablir la santé métabolique de souris devenues obèses et diabétiques en raison d’une diète occidentale très calorique, car les souris retrouvaient un poids normal et un meilleur contrôle de leur glycémie, et ce, sans restriction calorique.

Plus étonnant encore, les mêmes effets bénéfiques se manifestaient chez les souris ayant maintenu une mauvaise alimentation riche en calories, en protéines, en gras et en sucres, mais dont le contenu en AACR était diminué.

Plus que nécessaire

N’est-il pas dangereux de réduire les acides aminés « essentiels » de la diète ?

« En effet, on ne peut pas les éliminer complètement, car ils sont essentiels », répond l’auteur principal de l’étude, Dudley Lamming, de l’Université du Wisconsin à Madison.

Les chercheurs ont réduit le contenu en AACR de la diète des souris de 67 %, « ce qui demeure suffisamment nutritif pour des souris ». « Nos chercheurs en diététique estiment qu’étant donné le surpoids moyen des Américains, ceux-ci mangent probablement de trois à quatre fois plus d’AACR que nécessaire, ce qui veut dire que l’on pourrait réduire ces nutriments considérablement dans une diète proposée à des humains », affirme le scientifique.

« Il est très difficile pour les gens d’adopter de profondes modifications à leur régime alimentaire et surtout de les maintenir. De plus petites modifications, telles que la réduction des AACR, seraient plus efficaces pour réduire le diabète et l’obésité », croit-il.

« Permettre à des humains de continuer leur diète occidentale peu saine tout en réduisant la quantité d’AACR qu’ils ingurgitent sera probablement plus difficile [que chez les souris], car presque tous les aliments que nous consommons contiennent une certaine quantité d’AACR. Il sera donc assez difficile de réduire sa consommation d’AACR tout en continuant de manger normalement. »

« Dans le futur, il serait intéressant de mettre au point des aliments fonctionnels qui ne contiendraient aucun AACR, poursuit M. Lamming. Mais simplement réduire sa consommation de protéines serait bénéfique, car des études ont montré qu’un régime pauvre en protéines permet de perdre du poids, et ce, même en consommant la même quantité de calories, voire en gardant une diète riche en sucres et en gras. »

De la dinde

L’an dernier, les chercheurs ont soumis des hommes en surpoids à une diète faible en protéines pendant six semaines. Ces individus ont ainsi perdu six livres au cours de ces six semaines, ce qui suggère qu’une telle diète pourrait s’avérer efficace aussi chez l’humain.

Pour Noël, tout le monde peut être rassuré, car la dinde est riche en protéines, mais elle contient proportionnellement peu d’acides aminés à chaîne ramifiée.

Pauline Gravel

ledevoir.com