SIDA : Une nouvelle stratégie médicamenteuse

SIDA : Une nouvelle stratégie médicamenteuse

Le Sida se caractérise par la déplétion des lymphocytes T CD4. Cette nouvelle étude, publiée le 19 mars 2018 dans le Journal of Clinical Investigation, démontre que la molécule Q-VD-OPH, un inhibiteur des caspases (protéases impliquées dans l’apoptose), administrée in vivo, protège contre la déplétion des lymphocytes T CD4, diminue la réplication virale, et conduit à une survie des animaux traités. Ainsi, cette molécule représente un nouvel axe potentiel de recherche thérapeutique.


Figure: Au cours du Sida, la perte des lymphocytes T CD4 par apoptose conduit à l’absence de contrôle des cellules infectées et à la dissémination du virus dans l’organisme. Suite au traitement précoce par la molécule Q-VD, les cellules CD4 cytotoxiques sont préservées, et peuvent dès lors contrôler le pool de cellules infectées et réduire la virémie conduisant à une survie des animaux traités. Prf = Perforine, GrG= Granzyme B, GNLY = Ganulysine).
© Jérome Estaquier

L’amélioration des traitements actuels est une des questions majeures de santé publique qui vise à l’éradication du virus du Sida (en 2016, on comptait plus de 36 millions de personnes infectées par le VIH et un million de personnes décédées). L’un des éléments clefs qui caractérise cette infection virale est la déplétion progressive des lymphocytes T CD4, cellules cruciales du système immunitaire. D’un point de vue physiopathologique, on savait, par des travaux chez les personnes infectées par le Virus de Immunodéficience Humaine (VIH), comme ceux des modèles expérimentaux simiens, que l’apoptose, une mort cellulaire programmée, est associée au caractère pathogène de ces infections lentivirales. L’apoptose des lymphocytes T CD4 est donc un élément prédictif de l’évolution vers le Sida, et ce très tôt après infection.

Les chercheurs avaient observé que, en dépit d’une réplication virale similaire chez des singes développant un Sida (macaques), et ceux qui n’en développent pas (Singes Vert d’Afrique), l’apoptose était un élément discriminant de ces infections. Cela évoquait l’importance des facteurs d’hôtes et de l’apoptose des lymphocytes T CD4 dans la survenue de la pathologie. L’hypothèse de travail était donc que prévenir l’apoptose au cours du Sida permettrait de transformer des singes sensibles (macaques) en singes résistants (singe vert).

Des équipes du CNRS de l’Université Paris Descartes, soutenus par l’ANRS (Agence Nationale de Recherches sur le VIH/Sida et les hépatites virales), et du Centre de Recherche du CHU de Québec ont démontré que l’administration in vivo de Q-VD-OPH, un inhibiteur synthétique des caspases (protéases impliquées dans l’apoptose) prévient la déplétion et l’apoptose des lymphocytes T CD4, et ce en l’absence de toute thérapie antirétrovirale. De plus, les auteurs montrent que cette molécule prévient la déplétion d’une sous-population de lymphocytes T CD4 qui exprime les molécules cytotoxiques que sont la perforine, la granulysine, et le granzyme B. Un des faits marquants de cette thérapie précoce est que ce contrôle viral est maintenu après l’arrêt du traitement, et conduit à une survie des animaux. La protection et la genèse de telles cellules représente une nouvelle stratégie thérapeutique permettant la destruction des cellules infectées, un contrôle de la charge virale et une diminution du réservoir viral, non seulement dans le sang mais aussi dans les tissus.

Posté par Adrien